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 [Livre] hérauderie

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DuGuesclin



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Date d'inscription : 16/02/2008

MessageSujet: [Livre] hérauderie   Sam 1 Mar - 20:47

Ce terme de hérauderie désigne l’office de héraut, tout aussi bien que la science du blason que la connaissance du protocole et des rites, non seulement à la cour de France, mais également dans les autres cours de France et d’Europe. Ce mot apparaît en 1175, dans Chrestien de Troyes, sous la forme heralt . La fonction est ancienne, on le sait déjà, puisqu’on la rencontre dans l’Antiquité comme chez les Carolingiens, mais son importance ne sera valorisée que dans le courant du XII e siècle, pour jouir de sa plénitude deux siècles plus tard.

Les hérauderies sont les provinces ou marches héraldiques, dont un héraut porte le nom. Il y en a 30 au XVIII e siècle : Bourgogne, Normandie, Dauphiné, Bretagne, Alençon, Orléans, Anjou, Valois, Berri, Angoulême, Guyenne, Languedoc, Champagne, Toulouse, Auvergne, Lyonnais, Bresse, Navarre, Périgord, Saintonge, Touraine, Alsace, Charolais, Roussillon, Picardie, Bourbon, Poitou, Artois, Provence, Montjoie Saint-Denis.

Le 6 janvier 1406, est fondée la chapelle des rois et hérauts d’armes de France dans l’église Saint-Antoine-le-Petit, à Paris.

L’office d’armes fait partie de la Connétablie de France, et tous ses membres jouissent des privilèges de la noblesse. Les délits sont jugés par le connétable et quelquefois par le Parlement de Paris.


Une hiérarchie

Le chevaucheur d’armes en est le premier degré. Il sera, au XVI e siècle, l’ancêtre direct du courrier de cabinet , qui apparaît au siècle suivant. Sa mission est de porter les lettres de l’administration royale. Il est dit coureur ou chevaucheur de l’Ecurie du roi . Il suit la Cour et doit être toujours prêt à porter les dépêches. La plupart des chevaucheurs seront à la base même de l’institution postale. Ce n’est somme toute qu’un cavalier féal, rapide et … discret. On peut gager, sans grand risque d’erreur qu’il ne sait pas lire comme beaucoup de vassaux et même de hobereaux en ce temps-là.

Le poursuivant d’armes est un aspirant à l’office de héraut, dans lequel il ne pourra être reçu qu’après sept années d’apprentissage. Il est gentilhomme et travaille dans la dépendance d’un héraut, qu’il seconde. A l’armée, il sert d’ordonnance ou même d’aide de camp. Il peut remplacer le chevaucheur pour une mission très urgente ou même très secrète, car il est moins en vue que le héraut, connu de toute la noblesse au moins de vue, surtout à la cour ; il peut également sonner de la trompette ou hucher du cor.

Sa cotte d’armes est moins riche que celle du héraut ; elle est tournée sur le bras et sans devise. Son bâton est simple et sans fleur-de-lys.

Un Etat de la France de 1644 mentionne trois poursuivants d’armes, dont le premier touche 200 livres de gages annuels et chacun des deux autres cent livres seulement. Au milieu du XIX e siècle, le collège héraldique d’Angleterre en comprend trois encore.

Le poursuivant peut fort bien, sans aucunement déroger, interrompre son apprentissage car il ne prononce pas de serment de rester sous les armes. Pourtant, un rite d’investiture marque l’accès au grade. Le héraut (parfois deux hérauts), en grand uniforme, le tient par la main gauche et le présente à son seigneur et maître, devant plusieurs témoins, lui demandant quel nom il lui plairait de donner à l’impétrant. Du vin, dans une tasse d’or, le baptise. Ce nom est parfois celui d’une devise énigmatique ou s’avère simplement gaillard ou burlesque : Gentil oiseau , Sans Mentir , Patience , Franchise , par exemple.


Le héraut, proprement dit, porte une cotte bleu roi, puis, dès le XVI e siècle, de velours violet cramoisi, ornée devant et derrière de trois grandes fleurs-de-lys brodées d’or, et pareillement sur les manches, mais plus petites, avec le nom de sa ville ou de sa province en grosses lettres brodées d’or. Les extrémités de la cotte d’armes, dite aussi tabard, sont bordées d’un galon à frange d’or. Le cordon du collet est en fil d’or et de soie violette cramoisie. Sa toque est en velours violet, surmontée de plumes.

Son bâton est nommé caducée. Il est couvert de velours violet brodé de fleurs-de-lys d’or. Aux funérailles des rois, il porte, sous son tabard, la robe de deuil sans queue.

Les belles heures de la hérauderie remontent aux XIV e et XV e siècles. En ce temps-là, il est d’usage, à la cour de France, de baptiser le héraut pour le faire passer de l’état de poursuivant à celui de héraut. Au cours d’une cérémonie solennelle, le roi lui verse une coupe de vin sur la tête, lui donne son nom héraldique, et lui remet cette coupe en or, qui demeurera pour lui, sa vie durant, son plus cher trésor. Le nouvel héraut reçoit également des mains du roi son tabard et son caducée.


Le maréchal d’armes sera parfois un grade intermédiaire entre le héraut et le roi d’armes, et parfois un demi-grade inférieur au héraut. Juge-diseur au tournoi, maréchal de champ au duel judiciaire, il vérifie que les combattants courtois ou bien à outrance se plient aux usages établis. Son rôle est bien mince en dehors de ces circonstances.

Charles VIII, en 1487, nomme Gilbert Chauveau, héraut de Mgr le duc de Bourbon, maréchal d’armes, avec mission de vérifier les preuves de noblesse des seigneurs français et d’enregistrer leurs armoiries, de telle sorte que les faux-nobles — ils pullulèrent à toutes les époques jusqu’à nos jours — puissent être recensés et réduits à l’état de roture.


Le roi d’armes est le grade le plus élevé dans la hiérarchie des officiers d’armes. De quand date ce titre ? On ne saurait le dire avec exactitude. On sait seulement que Gilles Le Bouvier (1386 - ca 1460), dit Berry, fut le premier officier d’armes de Charles VII. Certains auteurs ont affirmé qu’il y avait eu simultanément plusieurs rois d’armes dans le royaume. C’est peu probable et cette opinion est controuvée, ou alors il faudrait entendre que des «nations» étrangères au royaume mais comprises dans la France actuelle comme la Savoie, la Navarre ou la Bourgogne aient eu le leur. Certains d’entre eux se sont appelés Normandie, seulement parce qu’ils étaient originaires de cette province, ou bien parce qu’ils conservèrent leur nom de héraut. Mais le plus usité, celui qui prédomina fut «Montjoye Saint-Denis».

L’intronisation du roi d’armes est une cérémonie solennelle. L’impétrant est un héraut élu par ses pairs avec l’assentiment du souverain. Le voici, assis sur une chaire [genre de fauteuil] disposée sur un tapis «velu». Il est habillé d’une robe fourrée de menu vair. Autour de lui, les chevaliers portent «les honneurs» : couronne, cotte, épée. Le souverain lui fait jurer sur l’Evangile de remplir féalement et loyalement sa mission, lui donne le «cry» : Montjoye Sainct-Denys ! et l’arme chevalier. Le connétable — et plus tard le doyen des maréchaux — lui ceint une épée d’honneur, le roi de France lui passe le tabard fleurdelysé et lui accroche sur la poitrine l’«émail» de cristal rehaussé d’or et garni ou bordé de fines pierreries, et d’orfèvreries, au milieu duquel sont peintes les armes du roi régnant.

Une grand’messe est alors célébrée, où les deux rois trônent l’un en face de l’autre, couronne sur le chef. Suit un dîner [déjeuner] où ils sont servis par le grand panetier, le grand échanson, le premier écuyer tranchant. Après le banquet, le roi d’armes reçoit du roi une coupe d’or qui, bien souvent, est emplie de pièces d’or.

Il choisit parfois un «maréchal d’armes» qui, en cas de maladie ou d’empêchement, peut se substituer à lui pour, sous son autorité, accomplir certaines de ses fonctions. Mais cette nomination temporaire est tout-à-fait exceptionnelle.

Le tabard du roi d’armes diffère de celui du héraut en ceci : les fleurs-de-lys du devant et du derrière sont surmontées d’une couronne royale de fleurs-de-lys fermée à l’impériale. Outre le galon et la frange, il porte une belle broderie d’or large de trois doigts environ. Le cry «Montjoie Saint-Denis» est brodé en fil d’or sur la manche droite entre la frange et la broderie ; il porte pareillement sur la manche gauche «roi d’armes de France», mentions dont l’orthographe varie avec les époques.

Le pourpoint et les chausses sont de velours violet chamarré de grands passements d’or, avec des brodequins de même pour les cérémonies pacifiques, et des bottes pour celles de guerre.

La toque est en velours noir, enrichi d’un cordon d’or, et semé de deux rangs de perles et, parfois, d’aigrettes.

Il tient dans sa main droite un sceptre, couvert de velours violet et semé de fleurs-de-lys d’or en broderie, avec au bout, une fleur-de-lys d’or massif surmontée d’une couronne royale de même.

Quand il assiste aux funérailles des rois et des princes, il revêt en dessous du tabard un habit noir et une longue robe avec une queue d’une aune, portée par un de ses gens en costume de deuil, et sa toque de velours ras est garnie d’un grand crêpe.

Tous les trois ans, les hérauts se réunissent avec le roi d’armes et lui présentent l’état de toutes les familles nobles des provinces et il est dressé un inventaire général de la noblesse et de ses armoiries.

Le roi d’armes a juridiction sur tous les officiers d’armes du royaume. Il reçoit les hérauts après avoir constaté leurs connaissances dans les matières héraldiques et nobiliaires. Il représente, plus que le roi de France, le royaume. Il est plus qu’un homme, moins qu’un dieu, mais certainement un symbole.



Démembrement de l’office d’armes

Le dernier tiers du XVI e siècle est entaché d’une autre façon de considérer l’office d’armes. Evolution ou décadence ? Telle est la question que l’historien doit se poser. Jusqu’à la fin du règne de Louis XII, le 1 er janvier 1515, le protocole n’est encore fixé. Poursuivants, hérauts et le roi d’armes font au mieux des circonstances pour assurer un minimum de protocole, mais avec le règne de François I er , une nouvelle notion apparaît à la cour de France. Elle a pour nom l’ étiquette . Bien sûr, ce sera quant à cela comme pour tout le reste, les choses se feront lentement. Or, comme on le sait, les officiers d’armes sont, d’une certaine manière, des soldats en ce qu’ils dépendent du connétable, et ne jouissent pas toujours, malgré leurs délicates et nombreuses fonctions, de la finesse nécessaire pour grimacer opportunément. Probablement pour cette raison non avouée, deux nouveaux offices vont naître avec le temps.

Le grand-maître des cérémonies
Cette charge sera établie par Henri III en 1585. Cet officier prête serment entre les mains du grand maître de France, chef de la Maison du roi. Sa fonction est de régler l’ordre des cérémonies et de fixer les rangs et préséances. Son insigne est un bâton couvert de velours noir, garni d’extrémités en ivoire. Dans les cours souveraines de justice, quand il va délivrer les ordres du roi, il prend place entre les deux derniers conseillers, parle assis et couvert, l’épée au côté et le bâton en main. Ses appointements sont de 3 000 livres l’an. Il commande à un maître des cérémonies , qui peut le suppléer, et par un aide des cérémonies .

Les introducteurs des ambassadeurs
Au nombre de deux, sont effectivement établis en 1681. Ils servent par semestre, à la mode du temps, prêtent serment entre les mains du grand maître de France ; ils ont pour lieutenant «un officier qui est perpétuel, et qui fait sa charge à toutes les civilités qu’on fait aux ambassadeurs, à quelque occasion que ce soit», si l’on en croit Abraham de Wicquefort (1598-1682). Mais, si le titre n’est pas encore là, la fonction apparaît bien en 1571, car, lors de l’entrée solennelle d’Elisabeth d’Autriche (1554-1592), épouse du roi Charles IX, Hiérosme [Jérôme] de Gondy recevra les ambassadeurs d’Espagne, d’Ecosse et de Venise. Cette même année, ce sera encore ce même Gondy qui conduira à l’audience du roi l’ambassadeur anglais Francis Walsingham (1536-1590). Monsieur de Bonœil sous Henri IV et Guillaume de Bautru, comte de Serrant (1588-1665) sous Louis XIII en rempliront les fonctions.

Le conseiller - juge d’armes
C’est Louis XIII, qui, en 1615, crée ce nouvel office pour François de Chevriers de Saint-Mauris, probablement dans un but fiscal. Les faux-nobles pulullaient, échappant ainsi aux impôts et redevances de toute sorte qui grevaient les roturiers, ce qui était une lourde perte pour le trésor royal. Le Collège des Hérauts s’en trouva fort marri, car leur rôle au sein de la monarchie absolue s’en trouvait, une fois de plus, amoindri. A ce titulaire succéda la famille d’Hozier.
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DuGuesclin



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MessageSujet: Re: [Livre] hérauderie   Sam 1 Mar - 20:48

Les Officiers d'armes

Du héros au héraut
Apparemment, ces deux demi-dieux ne recèlent aucun lien de parenté étymologique. Ils sont homonymes. Notre héros descend du latin heros comme emprunté au grec hêrôs et apparaît dans notre langue en 1361, mais les origines du héraut sont moins claires. Le mot viendrait-il du francique heriwald [qui dirige] ou du latin médiéval heraldus, comme issu d’un verbe germanique signifiant «crier» ? Qui pourrait le dire avec sûreté ? Personne. Nos hommes présentent l’un et l’autre un caractère sacré. Le héros est adulé pour ses hauts faits et le héraut est respecté pour la charge dont il est revêtu. Du moins, en est-il ainsi quand les choses se passent bien.

On laissera le héros à l’Antiquité gréco-romaine, aux faits illustres, pour ne s’occuper que du sujet du jour, suite logique à l’histoire et à l’art héraldiques.

Le héraut
Tout homme un peu cultivé sait, en gros, ce qu’était un héraut sous l’Ancien Régime.
Sous ce terme général se cachent différents officiers d’armes, dont les titres et les fonctions ont varié au cours des siècles. Si l’on sait distinguer lesquelles, on ne peut dire, avec précision, quand elles se sont additionnées les unes aux autres et quand elles se sont effacées.

Tel qu’on peut l’imaginer, dans un moyen Moyen Age non précisément déterminé, le héraut [ her, héraud , héraul t] vêtu d’un costume particulier et magnifique, va déclarer la guerre, proposer la paix et s’occupe, entre temps, de composer des armoiries. Image d’Epinal, certes, mais qui n’est pas absolument fausse si elle s’avère fort incomplète.

Les fonctions du héraut
Chez les Grecs, les kérukes et chez les Romains, les feciales sont chargés des déclarations de guerre, de la rédaction des traités et des propositions de paix. Mais bien avant eux, les Hébreux ont aussi des hérauts qui assurent le même service.

En France, le héraut est aussi ancien que la monarchie elle-même, mais, dans le courant du XIII e siècle, le métier s’organise, une hiérarchie se développe jusqu’à devenir une institution solidement établie. Ses fonctions sont, à la grande époque de son existence, de trois sortes : des missions diplomatiques, des missions de prestige et de police, des missions héraldiques. Exposées ainsi, les choses semblent simples. Il n’en est rien, car les différentes missions du héraut s’interpénétraient.

A l’ost
Les Assises de Jérusalem donnent au her mission de «semondre 2 ou convoquer les hommes d’armes» à l’ost —, mission difficile car, souvent ancien ménestrel et vêtu à la diable, il lui faut passer de châteaux en châteaux et convaincre les seigneurs, plus ou moins réticents, à venir soutenir leur roi pour récolter en bataille plus de horions que de gloire personnelle. Le her est assez mal payé. Il lui faut vanter les mérites et les prétentions du souverain et se faire l’écho de la voix de son maître. Les hérauts ne combattent jamais. Avant d’engager un combat, ils vont, avec bannières et trompettes, visiter leurs confrères du camp adverse pour essayer de moyenner en prenant des arrangements territoriaux ou financiers. Après la bataille, quand ils n’ont pu l’éviter, ils s’en vont sur les lieux relever le nom et le nombre des chevaliers occis, reconnaissables aux émaux de leur écu.

Dégradation d’un chevalier déméritant
Après en avoir reçu l’ordre de leur seigneur ou du roi, les hérauts procèdent publiquement à la dégradation d’un chevalier coupable de félonie. Deux échafauds sont dressés : sur l’un, siègent les juges et les officiers d’armes ; sur l’autre, le chevalier condamné, vêtu de pied en cap, avec son écu planté sur un pal. Vassaux, tenanciers, serfs et vilains assistent à ce rituel d’infâmie. Tous se taisent.

La sentence des juges tombe, après consultation des hérauts, et l’un d’eux lit, à haute et intelligible voix, le dispositif de la sentence.

Le clergé chante à haute voix les Vigiles des défunts. Après chaque psaume, une pause a lieu durant laquelle les officiers d’armes dépouillent peu à peu le chevalier félon, et crient : «Ceci est le heaume, … le collier, … l’épée, … le haubert !» La cotte d’armes est rompue en lambeaux. Avec un martel, l’écu est brisé en trois morceaux.

Et les prêtres continuent d’ânonner sur la tête de l’ancien chevalier différentes prières, dont le psaume 108 de David : Deus, laudem meam ne tacueris , qui contient moult imprécations : «Que le nombre de ses jours soit abrégé ; qu’un autre reçoive la dignité dont il était revêtu ; […]», etc. Le héraut demande par trois fois le nom du chevalier dégradé ; un poursuivant se tient derrière lui, et pour lui, donne son nom, son surnom, et nomme sa seigneurie. Le héraut affirme que celui qu’on vient de nommer est félon et foi mentie, et se fait confirmer l’opinion des juges. Le plus ancien répond à haute voix pour les chevaliers et écuyers ici présents que le ci-devant est indigne des titre et qualité de chevalier et qu’il est dégradé et condamné à mort. Le poursuivant présente au héraut un bassin d’eau chaude que celui-ci renverse sur la tête du poursuivi. Les officiers d’armes descendent de l’échafaud avec les juges. Le condamné est descendu par une corde passée sous ses aisselles, couché sur un bayart et couvert d’un drap mortuaire. Tous se portent à l’église où les juges, endeuillés, assistent à l’office des trépassés. Après la cérémonie religieuse, le chevalier indigne est livré au juge royal ou au prévôt, puis au bourreau, et généralement pendu, à moins que la sentence n’en ait décidé autrement. Le héraut déclare alors ses enfants et tous descendants ignobles et réduits à l’état de roture, inaptes à porter les armes à l’ost comme au tournoi, «sous peine d’être dépouillés nus et battus de verges, comme vilains, nés d’un père infâme».

Mais tous les chevaliers en délicatesse avec les codes oraux de la Chevalerie n’étaient pas punis aussi sévèrement. Les peines étaient graduées selon la faute ou l’opinion des juges et des officiers d’armes. Il arrivait que le héraut fît présenter au pilori l’écu renversé du délinquant avec un écriteau portant brève mention de la condamnation. Le héraut y retranchait quelque pièce, y ajoutait ou y substituait une marque d’infamie, le tanné par exemple, pouvait remplacer un des émaux. Selon les cas, le héraut rompait l’écu en plusieurs morceaux.

D’autres peines, certes aussi infâmantes, mais moins lourdes à supporter, pouvaient entacher l’écu d’armes. Ainsi,
  • le chevalier qui avait manqué de parole voyait son écu enlaidi d’une tablette de gueules en abîme ;
  • le chevalier couard voyait son écu décoré à sénestre d’un gousset échancré et arrondi en dedans ;
  • le chevalier rodomont voyait son écu taillé d’or à la pointe dextre du chef ;
  • le chevalier convaincu de faux témoignage, d’adultère et d’ivrognerie invétérée voyait son écu barbouillé de deux goussets de sable sur les deux flancs ;
  • le chevalier qui, lâchement et volontairement, avait occis un prisonnier de guerre désarmé, voyait la pointe de son écu accourcie et arrondie ;
  • le chevalier téméraire ou imprudent, qui avait occasionné quelque désagrément pour son parti, voyait la pointe de son écu échancrée ;
  • le chevalier, convaincu de flagornerie, mensonge ou rapport erroné, voyait la pointe de son écu habillée de gueules de telle sorte que les meubles ou figures disparaissaient sous le nouvel émail.
  • Il arrivait également que le chevalier vit, pour une peccadille, son écu amoindri de quelque pièce, ou que celle-ci fût diminuée.

Haro !
En Normandie, le héraut pousse la clameur de haro. Cette coutume, propre à cette province, consiste à obtenir prompte justice, en cas de flagrant délit ou pour nécessité de mesure conservatoire. L’individu sur lequel on crie haro, est obligé de comparoître sur l’heure devant le juge appelé à vider le différend. Le haro est aussi impératif qu’un mandat de comparution ou une assignation par sergent à verge. Cette façon de procéder a surtout été utilisée en matière criminelle pour faire surseoir à l’ exécution d’un jugement ou de tout autre acte exécutoire. La procédure de haro, qui ressemble assez à la procédure contemporaine de référé, en diffère cependant essentiellement en ce qu’elle ne nécessite point l’instrumentation d’un officier public et s’engage par le seul cry oral d’une partie en cause, à laquelle le héraut peut être substitué comme représentant de l’autorité seigneuriale.

Lorsque la clameur de haro n’emporte pas la nécessité d’une solution immédiate, le demandeur doit fournir caution qu’il se présenterait au procès. Faute de caution, les parties peuvent être renfermées jusqu’au jugement. Le haro vidé, le juge renvoie le fond de la cause au juge appelé à en connaître. Après les cas de flagrant délit qui, dès le commencement de la coutume, furent les cas les plus fréquents du haro, d’autres contestations furent soumises à son cri. En un seul cas seulement, le haro ne pouvait être interjeté contre l’exécution des contraintes en recouvrement des deniers royaux ou de toute cause en relation avec les fermes royales.

Tournois, joutes, passes d’armes et behourds
Les hérauts introduisent les combattants dans les tournois, dont ils règlent les modalités. Philippe VI de Valois, roi de France du 1 er avril 1328 jusqu’à son trépas survenu à Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir) le 22 août 1350, édicte une ordonnance qui comporte des prescriptions strictes quant au comportement des tournoyeurs :

«Quiconque ne sera pas noble de trois races paternelles et maternelles du moins, et qui ne fera paroître le certificat des armes qu’il porte, ne sera point admis au nombre des combattants.

«Celui qui sera accusé et convaincu de foi mentie sera honteusement exclu du tournoi, et ses armes seront renversées et foulées aux pieds par les officiers d’armes.» Une douzaine d’articles, dont l’application appartient à ceux-ci, fait des tournois et pas d’armes, des jeux courtois entre nobles de bonne compagnie qui mesurent leur force et leur adresse.

Les tournois sont proclamés plusieurs mois à l’avance non seulement dans le royaume mais également dans les pays avec lesquels le roi entretient des liens d’alliance ou de non agression. Les hérauts se rendent dans les villes et dans les châteaux en présentant l’écu armorié du seigneur au nom de qui se fait le ban du tournoi, et publient à son de trompe un avis, dont ci-après un exemple :

«Or ouez !, or ouez !!, or ouez !!!

«Seigneurs, chevaliers et écuyers, vous tous qui, parmi les délices de la fortune, espérez la victoire par la trempe de vos armes, au nom du Bon Dieu et de la Sainte Vierge, on vous fait savoir la très grande joute qui sera frappée et maintenue par le très-haut et redouté seigneur dont vous voyez les armoiries, laquelle joute sera ouverte à tous venants, et prouesse y sera vendue et achetée au fer et à l’acier. Le premier jour on y combattra à trois coups de lance et à douze coups d’épée, le tout à cheval, et portant armes courtoises non effilées et mi-tranchantes. Il est défendu, comme à l’ordinaire, entre loyaux chevaliers, de férir le coursier de son adversaire, de frapper icelui au visage, ni de lui causer affolure de membres, et de courir sus après le cri de merci. Le prix pour le mieux faisant sera un plumail flottant au moindre souffle, et un bracelet d’or émaillé, à la livrée du prince, et du poids de soixante écus.

«Le second jour, les tenants jouteront à pied et lance en arrêt ; après les lances, il y aura assaut à coup de hache et à la discrétion des juges du camp : le prix du plus vaillant sera un rubis de cent écus et un cygne d’argent.

Le troisième jour se verra castille et behours ; la moitié des cavaliers combattra l’un contre l’autre ; les vainqueurs feront des prisonniers, qu’ils amèneront aux pieds des dames ; le prix sera une armure complète, et un palefroi avec sa houssure d’or.

«Vous donc qui désir avez de tournoyer, êtes tenus de vous rendre à [ici le lieu de la rencontre] quatre jours avant les joutes, pour exposer vos blasons aux palais, abbayes et autres édifices voisins des lices. Voici ce que vous annonce, en outre, la royale ordonnance.»

Le héraut relit alors le textes des règlements et usages qui concernent les tournois.

La veille ou le jour du tournoi, les juges-diseurs jaugent et pèsent les masses d’armes et les épées et y apposent, au fer chaud, une marque de convention «afin qu’elles ne soient point d’outrageuse pesanteur ni longueur».

Les poursuivants et les hérauts veillent, avec les juges-diseurs aux apprêts du tournoi, et vont, «ayant leurs cottes d’armes vestu», par le bourg pavoisé. Dès qu’un seigneur ou baron est arrivé à l’hébergement, il doit faire de son blason fenêtre, et pour ce, faire disposer par iceux «devant son logis, une longue planche attachée contre le mur, sur laquelle sont peints les blasons», et à la fenêtre haute de son logis «fera mettre sa bannière déployée pendant sur la rue ; pour ce faire, lesdits hérauts et poursuivants doivent avoir quatre sols parisis pour chaque blason et bannière, et sont tenus de fournir clous et cordes.»

Les maréchaux d’armes ou juges-diseurs font leur entrée, avec devant eux, quatre trompettes sonnants qui portent chacun la bannière d’un juge. Quatre poursuivants portent chacun une cotte d’armes de juges, armoriée comme les trompettes. Vient ensuite, seul, le roi d’armes qui porte sur sa cotte la pièce de drap d’or, velours ou satin cramoisi, avec sur icelle le parchemin des armoiries. Les juges-diseurs, généralement au nombre de deux, entrent alors sur de beaux palefrois et vêtus de longues robes, les plus riches possible, et leurs écuyers pareillement. Chaque juge est accompagné d’un homme de pied qui tient la bride d’un destrier. Chacun des juges tient à la main, tant à pied qu’à cheval, durant toute la fête, une verge blanche, insigne de leur fonction. Chaque seigneur, dès son arrivée, prend contact avec les juges par l’intermédiaire de son maître d’hôtel aux fins de payer «tout ce qui sera avisé nécessaire pour lesdits juges».

Les juges-diseurs procèdent à la vérification des armoiries, et le jour du tournoi, ils feront prêter serment à chaque tournoyant dans la formule qui sera clamée par un héraut : «Hauts et puissants princes, seigneurs barons, chevaliers et écuyers, s’il vous plaît vous tous et chacun lèverez la main dextre vers les saints, et tous ensemble promettrez et jurerez par la foi et serment de vos corps et sur votre honneur que nul d’entre vous ne frappera audit tournoi ni d’estoc, ni aussi depuis la ceinture en aval, de quelque façon que ce soit ; et d’autre part, si par adventure le heaume chéait de la tête à quelqu’un, autre ne lui touchera jusqu’à ce qu’il ait été remis et lacé ; en vous soumettant, si autrement le faites à votre escient, de perdre armure et destrier, et être crié bannis du tournoi pour une autre fois ; de tenir aussi ledit et ordonnance en tout et par tout, tel comme messeigneurs et juges-diseurs ordonneront la punition des délinquants, et ainsi vous le jurez et promettez par le foi et serment de votre corps et sur votre honneur.» A quoi, il était coutume de répondre : «Oui ! Oui !!»

Ce texte, quelque peu indigeste, comme ceux qui le précèdent, descend tout droit du Moyen Age sous la plume d’un vieil auteur du XVII e siècle, Marc Vulson 10 de La Colombière, gentilhomme de la Chambre du roi et décoré de l’ordre de Saint-Michel.
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MessageSujet: Re: [Livre] hérauderie   Sam 1 Mar - 20:49

Il semblerait que les juges-diseurs fussent parfois revêtus de l’ordre de Chevalerie et n’appartinssent point au collège des hérauts, mais ce n’est pas une constante, et les textes confondent souvent des fonctions pourtant parfaitement distinctes. Le juge-diseur ou maréchal d’armes est versé dans l’art militaire, dans la technique du tournoi, tandis que le héraut sera de plus en plus un homme de paix et de représentation. Pourtant, il arrivera que les deux fonctions se confondissent lors de la dégradation d’un chevalier, par exemple.

Mais, pour le moment, demeurons encore un instant dans le déroulement du tournoi, tel que réglé, pour y poursuivre l’étude du rôle du héraut.

Celui-ci annonce enfin l’heure du tournoi :

«Or oyez ! Or oyez !! Or oyez !!!

«Hauts et puissants princes, comtes, seigneurs, barons, chevaliers, écuyers qui êtes au tournoi partis, je vous fais savoir de par messeigneurs les juges-diseurs, que chacune partie de vous soit demain dans les rangs à l’heure de midi, en armes, et prêts pour tournoyer; car, à une heure après midi, feront les juges couper les cordes pour commencer le tournoi, auquel il y aura de riches et nobles dons distribués par les dames.

«En outre, je vous avise que nul d’entre vous ne doit mener dans les rangs varlets à cheval pour vous servir, outre la quantité, c’est-à-dire quatre varlets pour prince, trois pour comte, deux pour chevalier, et un pour un écuyer ; et de varlets à pied, chacun pour son plaisir.»

Du chevalier d’honneur
Avant le tournoi, ce médiateur est choisi par les dames, qui lui donnent comme signe extérieur de son autorité un couvre-chef spécial qu’on appelle merci des dames . Il n’a point titre de héraut, mais il en accomplit, en fait, une toute petite partie des fonctions, qu’il emprunte également aux juges-diseurs : il empêche la trop grande violence du vainqueur à l’égard de la faiblesse d’un vaincu. Il tempère également la vigueur des bras qui voudraient battre à outrance un chevalier condamné, exclu du tournois, pour avoir contrevenu aux règles édictées.

Les hérauts d’armes au tournoi
L’heure est venue de combattre en champ clos. Les hérauts hurlent, par deux fois : Lacez les heaumes ! On voit là un grand concours de peuple sous les galeries où ont pris place gentes dames, grands feudataires, sires fondant de courtisaneries. Enfin, les trompettes retentissent et précédé de hérauts, qui portent, deux à deux, qui le caducée qui le rameau de paix, le roi s’avance.

= Le front des hérauts est ceint de bandelettes et de couronnes de chêne ; ils sont vêtus d’une draperie chamarrée d’or en forme de dalmatique sans manches. Ils portent sur la poitrine une plaque décorée de l’armoirie de chaque province.

Derrière les hérauts vient le roi d’armes, accompagné de maréchaux d’armes, de poursuivants d’armes et de varlets. Derrière le roi d’armes marchent encore des estafiers, couverts de hoquetons noirs, brodés en perles ou en jais brillant. Différents chars habillés de riches couleurs précèdent trente bannerets que suivent des arbalétriers. Puis viennent les juges-diseurs, en robe longue, la verge à la main. Des varlets tiennent les chevaux par la bride, tandis que jouent de leurs instruments les fifres, tambourins et trompettes, habillés de damas incarnat et blanc.

Une foule d’écuyers en tunique de taffetas ou de satin blanc, brodée d’argent, avec des manches en soie bleue galonnées d’or, et le chef ombragé de chapels emplumés de bleu et de blanc. Les pages portent les livrées de leurs maîtres respectifs.

Puis paraît le roi de France, en robe blanche semée de fleurs-de-lys d’or ; il est entouré des grands officiers de la Couronne, tous accoutrés de drap d’or et de velours cramoisi, qui portent les emblèmes de leurs fonctions. Après le cortège du roi suit celui de la reine. Et la longue théorie des seigneurs et des gens suivant la cour se termine par les corps de service, estafiers, archers et une ligne de sergents d’armes.

= Enfin, le cortège fait deux fois le tour de la lice, et se range aux places assignées par la coutume et le cérémonial en usage. C’est alors que le roi d’armes crie à haute et intelligible voix une dernière proclamation, et les juges-diseurs ordonnent : «Coupez cordes et laissez aller les bons combattants !» Les trompettes sonnent, les sergents d’armes coupent les cordes, la barrière est ouverte.

= Après les joutes, pas d’armes, tournois et behourds, les maréchaux d’armes et les hérauts vont quérir les avis des assistants et viennent en faire rapport au prince président de la fête, qui se concerte avec les juges-diseurs. Le vainqueur est par eux proclamé à haute voix, et les hérauts le nomment à leur tour. Cette façon de procéder contribue largement à la renommée du seigneur qui remporte le prix et reçoit des mains de la reine le «chapelet d’honneur» qui est une manière de couronne.

= Certaines fautes peuvent interdire au chevalier l’entrée en lice dans un tournoi : la parole faussée, l’usure et la mésalliance. S’il participe néanmois, dans les deux premiers cas, tous les chevaliers et écuyers peuvent s’acharner sur le fautif jusqu’à le contraindre à dire qu’il donne son cheval, ce qui équivaut à dire qu’il se rend. On coupe les sangles de de sa selle et on met le fautif à cheval sur la barre des lices. Position peut confortable qu’il doit garder jusqu’à la fin du tournoi. Dans le cas de mésalliance, il peut garder son cheval, mais est privé de son épée et de sa massse qui sont gardées par le héraut. S’il tente de s’échapper, il se retrouve lui aussi à cheval sur la lice.

Tout ce qu’on sait sur les officiers d’armes du XV e siècle est dû au talent de René I er d’Anjou, qui excelle dans l’art de dire les choses de son temps.

Le héraut représente le souverain
Comme tous les autres officiers d’armes, sa personne est inviolable et sacrée, et partout où il est envoyé par son suzerain ou son souverain, il est accueilli avec des marques d’honneur comme le sont aujourd’hui les ambassadeurs. Un vieux dicton l’atteste :

Hérault ne messager
Ne doivent estre en danger.


Il jure en toute occasion de protéger l’honneur des dames et des demoiselles et, tel un confesseur, doit un secret absolu à tous, amis comme ennemis, en sorte de n’exciter la défiance d’aucun parti.

Il exerce la faculté de reprendre tout chevalier ou gentilhomme qui oublierait dans une conduite blâmable ce qu’il doit à sa naissance, à son rang, à ses ancêtres.

Il lance les défis, transmet les déclarations de guerre, apporte les propositions de paix, préside à la signature des traités.

Le héraut et le duel judiciaire

Le jugement de Dieu est le nom donné, dans tout le Moyen Age chrétien, à ce jeu de hasard qui oppose deux champions d’une cause que chacun croit, ou feint de croire, juste et bonne. Le vaincu est déclaré coupable, et le vainqueur, lavé de tout soupçon, triomphe sans modestie, comme représentant du bon droit. Cette superstition, héritée d’âges plus rudes qu’on prétend barbares, est crue et pratiquée selon un rite auquel participe également le héraut.

Le combat à outrance va permettre au plus habile, au plus souple, au plus malin de gagner sa cause, bonne ou mauvaise, auprès de Dieu. Le héraut vient à cheval, devant la lice, crier une première proclamation, aux fins que les combattants ne soient détournés de leur besogne par un mouvement ou un bruit étrangers :

«Or oyez ! Or oyez !! Or oyez !!!

«Seigneurs, chevaliers et gens de tout état, ce que notre sire, le bon roi de France, vous commande et défend sous peine de perdre corps et biens.

«Que nul ne soit armé, ne porte épée ni dague, ni autre harnais quel qu’il soit, si ce ne sont les gardes du champ et ceux qui par le roi auront congié et pouvoir de ce faire.

«Encore le roi, notre sire, vous commande et défend que nul, de quelque condition qu’il soit devant la bataille ne soit à cheval, et ce, sur peine aux gentilshommes de perdre le cheval, et aux serviteurs de perdre une oreille, et ceux qui conduiront les combattants, descendus qu’ils seront à la porte du champ, seront incontinent tenus de renvoyer leurs chevaux sur la peine que dite est.

«Encore le roi, notre sire, vous commande et enjoint à toute personne, de quelque condition qu’elle soit, qu’il s’assise sur banc ou par terre, à ce que chacun puisse voir les parties combattre plus à son gré, sur peine d’avoir le poing coupé.

«Encore le roi, notre sire, commande et défend que nul ne parle, ne fasse signe, ne crache, ne crie, ne fasse aucun semblant quel qu’il soit, et ce, sur peine de corps et biens.»

L’appelant doit se présenter le premier avant midi, et ledéfendant avant none, c’est-à-dire vers 15 h. L’appelant entre dans le champ et harangue le maréchal du champ , voire le connétable, en invoquant Dieu, Notre-Dame «et monsieur saint Georges, le bon chevalier».
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DuGuesclin



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MessageSujet: Re: [Livre] hérauderie   Sam 1 Mar - 20:50

Une lice de bataille mesure 40 pas de largeur et 80 pas de longueur. Le tref de l’appelant est à droite du juge, celui du défendant à gauche, et celui-ci dit pareillement sa harangue. C’est le moment pour le héraut de procéder à la deuxième proclamation.

Puis l’appelant, toujours la visière haute, s’agenouille devant un autel portatif mais richement orné, avec un crucifix et un missel posés sur un coussinet. Sur la droite, un prêtre, plus souvent régulier que séculier, lui fait en manière d’admonestation : «Souvenez-vous des serments que vous allez faire, ou autrement votre âme, votre honneur et vous, êtes en grand péril.»

Le maréchal du champ prend l’appelant par ses deux mains avec ses gantelets et lui fait prononcer un serment adapté à la circonstance. Puis les gardes le reconduisent à son tref avec son conseil. Le défendant prononce à peu près le même serment et pareille cérémonie se renouvelle. Les deux adversaires sont alors réunis et doivent prononcer ensemble un serment nouveau et plus solennel. Généralement, appelant et défendant, s’ils ne sont guère éclairés, ont une foi aussi vive que naïve. Il arrive parfois que l’appelant, sur le moment de jurer, ne peut s’y résoudre en bonne conscience. Le roi ou son représentant le reçoit alors à merci et lui impose une pénitence. S’il consent à jurer, le maréchal de champ lui dit la formule, et pareillement pour le défendant. A ce moment, le héraut crie, pour la dernière fois, la même proclamation, puis s’avance au milieu de la lice et crie par trois fois : «Faites vos devoirs !»

Un silence profond, religieux, règne sur la foule autant que sur les acteurs de ce drame. Les deux combattants, aidés de leurs conseils, enfourchent leurs destriers et les gardes du champ jettent les trefs par dessus la lice. Le maréchal posté sous un échafaud au milieu du champ, tient en main le gant, gage de bataille, dit, par trois fois : «Laissez aller !» et le jette dans la lice. Le combat commence aussitôt.

Les combats, ainsi réglés, étaient plus rares qu’on ne le croit aujourd’hui, et, en tout cas, beaucoup moins courants que les duels, pour les mêmes raisons et souvent des plus futiles, qui se firent de la fin du XVI e siècle au milieu du XVIII e siècle.

Autres fonctions du héraut
Les grands événements de la vie du royaume, les funérailles comme les joyeux avènements, sont clamés par les hérauts.

Lors des naissances, cortèges, entrées de ville, traités de paix, ainsi qu’aux quatre grandes fêtes de l’année, il leur appartient de «faire largesse» au nom du souverain, c’est-à-dire de jeter, en pluie, au bon peuple assemblé, des poignées de piécettes de monnaie. Ils pratiquent l’art de faire les généreux en ne donnant, dans l’ampleur du geste, qu’avec parcimonie.

Assis sur leurs tabourets de velours violet, les hérauts veillent le roi mort sur son lit de parade. Aux obsèques des rois, ils accompagnent la dépouille du défunt jusqu’à la basilique Saint-Denis. Ils portent le deuil. Le roi d’armes — et plus tard le Grand Maître de France — clame par trois fois devant le tombeau béant :

«Dieu veuille avoir merci [pitié] de l’âme de [Henri, Robert ou François, selon le cas] ! formule qui sera transformée, suivant les temps, en «Le roi est mort !», puis, relevant son bâton, il s’écrie : « Vive [Philippe, Louis, ou … Charles, selon le cas] à qui Dieu donne bonne et longue vie !» formule qui elle aussi deviendra : «Vive le roi !» et sera reprise par l’assemblée. Pourtant, le 1 er septembre 1715, «à huit heures un quart et demi du matin», lors du trépas de Louis XIV à Versailles, ce sera le grand chambellan, portant à son chapeau une plume noire, qui annonça la mort du roi aux courtisans qui emplissaient la cour de Marbre.

Sur le champ de bataille, ce sont encore les hérauts qui dénombrent les morts et les blessés.

Ils sont présents aux banquets d’apparat.

Le héraut, lors de la création d’un banneret, doit témoigner que le postulant peut fournir, habiller, armer, nourrir et payer cinquante hommes d’armes, et qu’il est suffisamment riche pour subvenir aux nécessités de sa future dignité.

Dans un repas, s’il reconnaît quelque seigneur indigne de frayer avec de vaillants chevaliers, son devoir l’oblige à venir trancher la nappe devant lui.

Le héraut est aussi un héraldiste
Enfin, les hérauts et leurs assistants tenaient le catalogue des nobles du royaume, vérifiaient l’authenticité des titres, peignaient des armoiries, en créaient d’autres pour les roturiers nouvellement anoblis, établissaient armoriaux et nobiliaires.

Il ne convient pas de confondre ces deux termes ; ils n’ont pas tout-à-fait le même sens. L’ armorial est un recueil d’armoiries, généralement figurées et en couleur, et agrémentées d’explications marginales. Il peut concerner une province, un pays, une ville, une famille, la noblesse d’une contrée. Le nobiliaire est un catalogue des familles nobles d’un lieu déterminé. Il arrive cependant que nobiliaire et armorial soient fondus et confondus en un même ouvrage, quand le tissu littéraire prend le pas sur l’illustration héraldique.

Qui ne connaît l’ Armorial du héraut Berry (Paris, 1866.) publié par Auguste Vallet dit de Viriville ou l’ Armorial du héraut Navarre publié par Louis Claude Douet d’Arcq (1808-1883) dans le Cabinet historique , revue que dirigeait Louis Pâris ?
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